La presse locale et régionale parlent de
la Croix Bleue.
Différentes interventions du
Président National Maurice ZEMB


A partir de ce soir et jusqu’au 10 septembre, il devrait être plus compliqué d’acheter de l’alcool à emporter à Lyon entre 22h et 6h du matin. L’adjoint au maire Jean-Louis Touraine, délégué, entre autres, à la "tranquillité" et la "sécurité", a signé vendredi dernier un arrêté interdisant la vente d’alcool à emporter "sur l’ensemble du territoire lyonnais", soit toute la ville.
Dans un communiqué, la mairie explique que l’objectif premier de cet arrêté "nécessaire en termes de santé publique" est de "lutter contre le phénomène récent d’alcoolisation, massive et brutale, remarquable notamment en période estivale sur l’espace public." Des excès, toujours selon la mairie, qui "s’installent chaque année plus fortement dans les habitudes de consommation des noctambules". Lesquels ? "Particulièrement (les) plus jeunes."
"Plus un effet d’annonce qu’autre chose"
S’il reconnaît "voir de plus en plus de jeunes qui ont entre 23 et 27 ans et déjà 10 ans d’alcool dur", Jean-Philippe Anris, un des responsables de l’association de lutte contre l’alcoolisme la Croix Bleue, ne cache pas son scepticisme : "Avec tous les moyens de commercialisation aujourd’hui à disposition, notamment les achats en ligne, il est aujourd’hui très facile de se procurer de l’alcool." Pour lui, c’est "plus un effet d’annonce qu’autre chose, davantage un acte politique que préventif."
A l’ANPA (association nationale de prévention en alcoologie et addictologie), un chargé de mission le rejoint : "encore une mesure parmi tant d’autres" confie-t-il, tout en y trouvant un possible avantage : "ça peut peut-être, à la longue, générer une acceptation d’une certaine prudence par rapport au comportement sur la voie publique." Le chargé de mission rappelle ensuite la fréquence des incidents liés à une alcoolisation excessive sur la voie publique et le fait "qu’une personne alcoolisée n’a pas la même conscience du danger." Si, à l’instar de son collègue de la Croix Bleue, il "ne peut être contre", Jean-Philippe Anris pense que l’arrêté peut être plus efficace en tant que un moyen de lutter contre les nuisances sur la voie publique : "le bruit et les déchets."
"Dégradations, violences, bruits, bris de verre,…
La mairie de Lyon, qui met en avant la lutte contre l’addiction des plus jeunes, admet que cet arrêt vise aussi la réduction des nuisances susceptibles d’accompagner une consommation d’alcool sur la voie publique : "dégradations, violences, bruits, bris de verre…" Un argument bien différent de celui de la prévention, que Jean-Philippe Anris connaît bien. Aux côtés d’autres associations de lutte contre l’alcoolisme, il presse les pouvoirs publics d’imposer "un message sanitaire clair sur toutes les bouteilles d’alcool." Et fait le parallèle avec le tabac : "il y a deux poids deux mesures. Pour le tabac, le message sanitaire est clairement explicite, alors que pour l’alcool il faut juste boire avec modération."
En cas de vente d’alcool passé 22 h, les épiceries de quartier et les stations-services lyonnaises, principalement concernées par l’interdiction, risqueront une amende pouvant aller jusqu’à 750 euros en cas de vente d’alcool. Mais encore faut-il, comme le rappelle le délégué du syndicat Alliance police pour la région Rhône-Alpes Jean-Paul Borrelly, que "cet arrêté soit mis en œuvre et que son application soit respectée."
Ça "n’empêchera pas de faire ses provisions avant"
Interrogé lundi 18 juillet par Le Nouvel Observateur, il pense que cet arrêté, qui "n’empêchera personne de faire ses provisions avant", va "plutôt dans le bon sens" : "ça va éviter à celles et ceux qui sont déjà bien alcoolisés à 22 h et qui comptent se réapprovisionner dans la nuit de pouvoir le faire." Il pense notamment aux incidents rencontrés dans les Ier et VIIe arrondissements et "sur les berges" : "vociférations, cris, dégradations, états d’excitation avancée". Autre avantage, selon le policier : permettre à ses collègues de "souffler un peu et d’éviter peut-être certaines interventions pour tapages."
Mais s’il faut que des contrôles aient lieu pour que pour l’arrêté soit efficace, les policiers vont-ils vraiment souffler ? "Vu le nombre d’épiceries et de stations-services à Lyon, les contrôles seront forcément ponctuels" admet Jean-Paul Borrelly. Qui va s’en charger ? "C’est à celui qui met en œuvre l’arrêté d’en assurer la mise en application" répond-il aussi, sous-entendant que la mission devrait revenir à la police municipale. Avant d’ajouter : "mais comme elle a peu d’effectifs nuit …"
"C’est déjà la nuit que les policiers ont le plus de travail"
Comme le rappelle encore Jean-Paul Borrelly, "au-delà des problèmes d’effectifs, la tranche 22h-6h est celle où les policiers ont déjà le plus de travail." Ce que confirme son collègue du syndicat SGP Unité Police FO pour la région Rhône-Alpes, Thierry Clair, pointant une phase sensible "entre 18h et 1h du matin, où le nombre d’interventions est encore plus important." Celui qui revient à son tour sur les incidents de nuit, notamment "sur les berges", juge cette mesure plus dissuasive que préventive : "ça ne va pas pallier les manques d’effectifs."
Egalement contactée par Le Nouvel Observateur, une employée d’une station-service de Lyon confie ses interrogations quant à l’efficacité de cet arrêté : "les gens vont le savoir et s’organiser en conséquence. Comme d’habitude, ils feront le plein juste à temps, en nombre, 10 minutes avant la fermeture."
Et ailleurs comment ça se passe ?
A Toulouse, un arrêté municipal validé le 24 juin dernier interdit la consommation d’alcool dans le centre et le quartier Saint-Cyprien et impose la fermeture des points de vente d’alcool à emporter à 2h en semaine et 3h le week-end. "Contrairement à ce qui a pu être dit, cet arrêté n’est applicable qu’à partir du 15 août" précise la mairie de Toulouse au Nouvel Observateur. L’arrêté n’a en revanche pas de date limite.
Interrogé à ce sujet par Le Nouvel Observateur, l’adjoint au maire de Toulouse en charge de la police administrative Jean-Paul Makengo explique que la ville a pris ces mesures après "l’échec" de l’interdiction de vente d’alcool à emporter après 22h testée précédemment : "de nombreuses épiceries et snacks ne respectaient pas l’arrêté, ce n’était pas assez dissuasif". Mais les arrêtés se cumulent et, quand les points de vente devront fermer à 2h en semaine et 3h le week-end, il leur sera toujours interdit de vendre de l’alcool à partir de 22h.
A Paris, au total, "une vingtaine de lieux d’une quinzaine d’arrondissements" sont concernés par ce type d’arrêté. Selon la préfecture de police de Paris, ces différents arrêtés "s’adaptent à l’évolution d’un quartier" et servent notamment "à avoir une base juridique solide permettant de cadrer l’action des policiers et de déclencher des sanctions." Comment les lieux sont-ils définis ? "Cela se fait en liaison avec les mairies d’arrondissement et en fonction des remontées des riverains" explique aussi la préfecture de police au Nouvel Observateur.
Le dernier arrêté publié à Paris le 4 juillet interdit la consommation d’alcool sur la voie publique de 21h à 7h ainsi que la vente à emporter de 22h30 à 7h dans certains quartiers des Xe et XIXe arrondissements : place de la Bataille de Stalingrad, avenue de Flandres (entre le quai de la Seine et le boulevard de la Villette), boulevard de la Villette (entre l’avenue de Flandres et l’avenue Jean Jaurès), rue de Crimée entre les quais de la Loire et de la Seine, quai de la Seine, et quai de la Loire. Et ce jusqu’au 31 octobre.
Céline Rastello - Le Nouvel Observateur
L’abus d’alcool et la dépendance à l’alcool ne sont pas les problèmes des adultes seulement, mais ils affectent également un nombre important d’adolescents et de jeunes adultes âgés entre 12 et 20 ans, même si boire de l’alcool en dessous de l’âge de 21 ans est illégal. Des chercheurs Américains de l’Université de Californie, San Diego et de Stanford ont démontré que l’abus d’alcool chez les filles présentait un effet négatif sur leur cerveau plus que celui des garçons. Cette recherche a été menée sur 95 jeunes d’une tranche d’âge entre 16 ans et 19 ans. L’étude s’est basée sur une prise de quatre verres ou plus pour les femmes et de cinq ou plus pour les hommes.
Suite à cette prise, il a été démontré que le cerveau des jeunes adolescents présentait une activité moindre surtout chez les jeunes filles. Ces différences se présentaient sous forme d’une baisse de performance comme l’attention, la mémorisation et bien d’autres. La conclusion de cette découverte suggère que les jeunes adolescentes étaient très fragiles aux effets négatifs de l’abus d’alcool. Selon des informations de l’AFP, la cause principale de l’affection de ces jeunes filles revient essentiellement au développement cérébral de la femme qui est un ou deux ans d’avance sur les garçons. Cette avance cause des dommages très graves pour le cerveau des femmes. La consommation d’alcool pendant un stade différent de développement, en dépit de la similitude d’âge, pourrait expliquer la différence entre les sexes. Les tests ont été menés sur des jeunes adolescents qui s’étaient tous saoulés au cours de soirées bien arrosées avant de passer par une longue période de sobriété. Même après l’arrêt, les conséquences de ces abus jouent un rôle défavorable sur le cerveau.
Sante News, lundi 18 juillet 2011 à 12:02
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Vendredi18 février 2011
L’alcool est à l’origine de près de quatre pour cent des décès dans le monde, soit plus que le sida, la tuberculose ou la violence, a fait savoir vendredi l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
L’alcool tue plus que la Sida, la tuberculose ou la violence, prévient l’OMS
La hausse du niveau de vie dans des pays émergents peuplés comme l’Inde ou l’Afrique du Sud est une des causes de l’augmentation de la consommation, avec le développement de la pratique de l’ »alcoolisation massive » (« binge drinking ») dans certains pays développés, relève l’agence onusienne.
Dans le même temps, la lutte contre la surconsommation de boissons alcoolisées semble ne pas être une priorité de santé publique pour la plupart des gouvernements malgré ses graves conséquences sociales - accidents de la circulation, violences, maladies, absentéisme au travail, délaissement des enfants, etc.
Environ deux millions et demi de personnes décèdent chaque année des conséquences de l’alcool, estime l’OMS dans un rapport global sur l’alcool et la santé, qui précise que ce phénomène est le premier facteur de risque mortel pour les hommes âgés de 15 à 59 ans.
En Russie et dans les anciennes républiques soviétiques, l’alcool est responsable d’un décès sur cinq, soit le plus fort taux de mortalité mondial, précise le rapport de l’OMS.
En Russie, en Ukraine, au Kazakhstan, mais aussi au Mexique, au Brésil et en Afrique du Sud, la pratique du « binge drinking » prévaut. Elle est en plein essor dans le reste du monde, où 11% des buveurs, des hommes à 80%, s’y adonnent.
La France épargnée par le "Binge Driking"
Ce premier rapport de l’OMS sur le sujet depuis 2004 note que l’alcool est la cause principale d’une soixantaine de types de blessures ou de maladies : accidents de la route, violences, empoisonnements, épilepsies, cirrhoses, cancers colorectaux, du larynx, du foie et du sein.
« Il y a six ou sept ans, nous ne disposions pas d’une preuve certaine de la relation de cause à effet entre la boisson et le cancer du sein. Nous l’avons maintenant », a déclaré Vladimir Pozniak, directeur du département « abus de substances » à l’OMS.
Les taux de consommation ne sont pas les mêmes selon les régions : ils sont les plus élevés dans les pays développés et les plus bas au Maghreb ainsi que dans certains pays d’Asie du Sud et de l’Afrique subsaharienne où l’islam prédomine.
Dans le monde développé, la France et d’autres pays d’Europe à haut niveau de vie se distinguent par une moindre pratique des beuveries épisodiques, qui suggère en revanche un plus fort taux de consommation régulière.
L’OMS confirme qu’une consommation modérée peut avoir un effet bénéfique de prévention des maladies cardiaques et des attaques cérébrales, mais souligne que cet avantage disparaît en cas de consommation excessive.
L’agence spécialisée des Nations unies estime par ailleurs que la hausse des taxes sur l’alcool est une des mesures de prévention les plus efficaces contre la consommation excessive, notamment chez les jeunes.
Elle défend également l’imposition d’un âge minimum pour l’achat et la consommation de boissons alcoolisées ainsi que la répression de l’alcool au volant, pourvu que ces mesures soient effectivement appliquées
Reuters/L’Observateur

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Comas éthyliques ou encore accidents de la circulation, les « bitures express » (binge drinking des Anglo-Saxons) peuvent se terminer de façon dramatique. Mais ce mode d’alcoolisation, qui concerne désormais près d’un adolescent sur deux en France, a aussi des conséquences à plus long terme, moins spectaculaires mais tout aussi préoccupantes. Les publications scientifiques se multiplient dans ce domaine, et elles vont toutes dans le même sens. Même entrecoupée de périodes d’abstinence, la succession de « bitures express » (définies comme l’absorption d’au moins cinq verres d’alcool à une même occasion) abîme le cerveau, encore en plein développement, des adolescents. La dernière étude en date, qui vient d’être publiée dans les Comptes rendus de l’Académie des sciences américaines (PNAS), décrit précisément des lésions au niveau de l’hippocampe. Cette petite zone, située à la hauteur du lobe temporal, joue un rôle clé dans les processus d’apprentissage et de mémorisation, notamment des informations spatiales.
Ces dernières années, des imageries cérébrales d’adultes et même d’adolescents avaient déjà montré que la consommation répétée d’alcool entraîne une réduction du volume de l’hippocampe, ce qui pourrait expliquer en partie les troubles de mémoire dont souffrent les alcooliques. Les chercheurs américains qui publient dans PNAS sont allés plus loin. En disséquant le cerveau de jeunes macaques, soumis pendant onze mois à un régime de binge drinking suivi d’une abstinence de deux mois, Michel Taffe (Université de Californie La Jolla) a carrément mis en évidence un déficit de la formation et du développement des neurones dans cette zone cruciale pour la mémoire. « Le binge drinking pendant l’adolescence induit d’autres types de lésions cérébrales que ce même comportement à l’âge adulte », estime le chercheur américain Douglas Matthews dans son article publié dans la revue Alcohol.
L’hippocampe n’est pas la seule zone à pâtir des alcoolisations précoces. Selon des études chez des rats, le cortex frontal, qui intervient notamment dans le contrôle de l’impulsivité, serait aussi particulièrement vulnérable pendant l’adolescence. Reste à le confirmer chez l’homme. C’est ce que prévoit de faire une étude européenne, coordonnée par Mickaël Naassila (Inserm, Amiens), dont l’équipe de recherche est la seule en France à travailler sur l’alcoolodépendance et l’alcoolisation précoce. En collaboration avec des Anglais, ce chercheur va étudier le cerveau de centaines d’étudiants de première année, grâce à des tests neuropsychologiques et à des examens en IRM fonctionnelle. « En principe, la maturation cérébrale dure jusqu’à 20-25 ans, explique Mickaël Naassila. Chez les binge drinkers, nous nous attendons à observer un retard de maturation du cortex, en particulier frontal. Nous suspectons aussi une hyperactivité au niveau de l’amygdale, impliquée dans les émotions et les addictions. »
Une chose est sûre, ces atteintes anatomiques ne sont pas anodines. Une enquête conduite récemment en Angleterre conclut que les ados adeptes des « bitures express » souffrent d’altérations de la mémoire prospective (qui correspond à la capacité de se rappeler d’effectuer une action préméditée comme aller à un rendez-vous chez le dentiste, payer une facture…). Des médecins belges ont, eux, constaté que les étudiants binge drinkers avaient un ralentissement marqué de leur activité cérébrale par rapport aux élèves sobres.
L’autre préoccupation des chercheurs est de déterminer si les alcoolisations précoces favorisent l’évolution vers une alcoolisation chronique et d’autres addictions. « Chez le rat, où l’adolescence dure un mois, un binge drinking au cours des deux premières semaines a des effets plus marqués que pendant les deux suivantes », affirme Mickaël Naassila. Dans son expérience, les rongeurs initiés précocement aux « bitures express » sont ensuite deux fois plus motivés à consommer de l’alcool.
Ils sont aussi moins sensibles aux effets négatifs d’une consommation aiguë (comme la somnolence), et très sujets à l’anxiété. Des résultats qui suggèrent que certains ados ont recours à l’alcool pour ses effets anxiolytiques, ce que confirment des psychiatres. « Une étude américaine a démontré que quand l’alcoolisation débute avant 18 ans le risque de dépendance alcoolique est multiplié par 3,8 », précise le Dr Philippe Arvers (Institut de recherche biomédicale des armées, Grenoble). En reprenant les données d’enquêtes françaises, cet épidémiologiste a aussi établi que l’alcoolisation précoce est corrélée à d’autres comportements d’addiction. « Après l’expérimentation de l’alcool, la première ivresse et l’expérimentation du tabac et du cannabis surviennent l’année suivante », note-t-il.
Face à l’épidémie de binge drinking en France (45 % des adolescents s’y adonnent au moins une fois par mois, et 5 % plus de dix fois par mois), des programmes de prévention se développent dans les écoles, les universités… Encore faut-il trouver les messages les plus efficaces. À Grenoble, une enquête est en cours auprès d’un millier d’étudiants pour définir les modalités de prévention les plus appropriées (simple information individuelle, entretien individuel voire technique « d’engagement » - réalisation d’un spot vidéo) en fonction du profil de consommation.
Véritable fléau, l’alcoolisme est la cause d’un grand nombre de décès chaque année. Le risque de devenir dépendant à l’alcool varie d’une personne à l’autre, quel que soit son âge, en fonction notamment de son histoire, de sa personnalité et de son environnement.
“L’alcoolisme est une force interne qui pousse la personne atteinte à consommer de façon répétée, à des doses croissantes et ce malgré l’apparition et la persistance de conséquences négatives” , explique le professeur Henri-Jean Aubin, psychiatre addictologue dans le service d’addictologie de l’hôpital Paul Brousse (Assistance publique-hôpitaux de Paris). “Cette force interne prend progressivement le pas sur les autres investissements de la personne, qu’elle abandonne peu à peu” , précise-t-il encore avant de répondre à nos questions.
Chez la personne âgée, l’alcoolisme a-t-il des conséquences sur sa santé, son entourage ?
Oui, et les organes principalement atteints par la consommation excessive d’alcool sont le système nerveux central et le foie. Il est également responsable ou coresponsable de certains cancers, notamment des voies aérodigestives supérieures (bouche, pharynx, œsophage). Le cerveau de la personne âgée est particulièrement vulnérable aux effets de l’alcool ; l’alcool et l’âge n’y font pas bon ménage. Les troubles du raisonnement et de la mémoire, rencontrés la plupart du temps chez les personnes atteintes d’alcoolisme, sont particulièrement fréquents et importants chez les personnes âgées. Ces problèmes se trouvent souvent aggravés ou confondus par une prise chronique excessive de médicaments tranquillisants, qui peuvent engendrer le même type de trouble. L’alcool induit aussi des troubles du caractère et de l’humeur, avec une irritabilité qui peut alterner avec un abattement et des symptômes d’allures dépressives. Ces troubles du caractère, mal supportés par l’entourage, tendent à renforcer l’isolement de la personne atteinte.
Quels sont les signes d’alerte, de repérage d’un comportement alcoolo-dépendant chez le sujet âgé ?
Les signes d’alerte sont importants à connaître. On doit évoquer un problème d’alcool chez les personnes âgées qui boivent quotidiennement et qui traversent des périodes d’amnésie à la suite de périodes de grande consommation d’alcool, qui continuent à boire malgré la recommandation de diminuer ou d’arrêter de boire, qui ont des tremblements le matin ou à des moments où elles ne peuvent pas boire, qui manifestent des troubles du raisonnement ou de la mémoire. Des symptômes physiques doivent également alerter, comme l’anémie, des anomalies de la fonction du foie, des chutes fréquentes, des fractures, ou des crises d’épilepsie apparues récemment. Mais ces différents symptômes sont souvent interprétés comme étant la conséquence des nombreux troubles et maladies qui surviennent avec l’âge, et de ce fait, le problème d’alcool s’avère insuffisamment dépisté par les médecins.
Qu’est-ce qui conduit la personne âgée à boire de manière excessive et quels conseils préconisez-vous pour favoriser l’abstinence ?
On considère qu’il y a deux types d’alcoolisme du sujet âgé. Le premier concerne les personnes qui ont développé un alcoolisme plus tôt dans l’existence, et pour lesquelles le problème avec l’alcool se poursuit alors qu’elles ont pris de l’âge. Le deuxième type concerne les personnes exemptes de problème marqué avec l’alcool jusqu’à un âge avancé, mais chez lesquelles le problème survient à l’occasion de pertes multiples (passage à la retraite, perte progressive des êtres chers), de la solitude, avec le sentiment d’inutilité, perte du sens de la vie, misère spirituelle…
L’aide à l’abstinence ? D’une façon générale, il faut tenter de favoriser les contacts sociaux, évidemment dans des cercles qui ne valorisent pas la consommation d’alcool. De même, il faut encourager la personne à s’engager dans des activités qui pourront apporter du sens à son existence. Les activités permettant de développer la dimension spirituelle sont particulièrement utiles pour apporter ce sentiment de sens de l’existence, support capital à l’effort à concéder pour développer une abstinence.
Dans quel cas le recours à l’hospitalisation est-il nécessaire et en quoi consistent les thérapies de sevrage ?
En général, l’hospitalisation est envisagée en cas d’échec répété de la prise en charge ambulatoire. Mais on envisagera éventuellement le recours direct à l’hospitalisation dans les cas d’un état de santé délabré, de précarité sociale telle qu’elle fait obstacle à l’effort nécessaire pour opérer les changements, et aussi chez les personnes à problèmes psychologiques importants, le plus souvent des symptômes de type dépressif, éventuellement accompagnés d’idées suicidaires. On distingue la phase du sevrage de celle de la prévention de la rechute (ou du maintien de l’abstinence). La période du sevrage, brève, ne dure que quelques jours et ne nécessitera un traitement par tranquillisant que chez les patients avec des symptômes significatifs, comme des tremblements, des sueurs, des troubles du sommeil, une anxiété importante.
Le risque de rechute existe, comment l’éviter ?
Encore une fois, il est recommandé de tout faire pour favoriser une resocialisation de nos patients, dont l’isolement constitue un facteur de risque important de rechute. A cet égard, les associations d’anciens buveurs apportent leur aide pour redonner du sens à l’existence, un sentiment d’utilité, et de la confiance. Enfin, on peut proposer, comme chez les sujets plus jeunes des traitements pharmacothérapiques réduisant le risque de rechute, et aussi diverses approches psychothérapeutiques.
La Société Française d’alcoologie vient de publier un rapport scientifique sur le Bacloféne.
Conclusions Générales du Rapport
Remarques sur les études publiées
Ont été publiés :
8 études thérapeutiques
. 3 études non contrôlées ont porté sur 36 patients, traités par 30 mg de baclofène.
. 2 suivis de cohorte ont inclus 184 patients ayant des doses très variables de 20 à 330 mg de baclofène.
. 3 études contrôlées ont analysé 192 patients. Au total, seulement 102 patients ont été traités par baclofène. Les 2 proviennent de la même équipe (Addolorato G). Elles ont utilisé une dose de 30 mg/j. Leur durée est courte durée = 4 et 12 semaines.
.Quant à l’étude chez des consommateurs excessifs non dépendants, elle a montré une assez bonne tolérance, y compris en présence d’alcool, mais n’a pas mis en évidence d’effet sur le craving.
On dispose encore de 3 cas cliniques qui ont utilisé des posologie beaucoup plus importantes (jusqu’à 270 mg).
La tolérance est globalement assez bonne. L’augmentation des doses provoque, comme attendu, principalement des effets sédatifs marqués qui nécessitent une diminution de posologe pour être compatible avec une activité habituelle, ainsi qu’une fatigue.
De ce fait, il n’est pas possible de conclure quant à l’efficacité du baclofène dans la prévention de la rechute chez les patients alcoolo-dépendants.
Si la tolérance semble avoir été globalement satisfaisante, des études sur de plus grandes populations sont là encore nécessaire pour préciser le rapport bénéfice/risque.
Enfin, il n’est pas possible de savoir s’il existe des profils de patients répondeurs à ce traitement.
Conclusion générale
Il existe sur le baclofène des données tant scientifiques, publiées dans la littérature internationale, que provenant de l’expérience clinique faisant évoquer un effet positif de cette molécule sur la rechute chez les patients alcoolo-dépendants après sevrage.
Cependant ces études portent sur de petits nombres de patients et sont hétérogènes. Presque toutes les études sont affectées de biais méthodologiques qui atténuent la portée des conclusions.
Pour l’Afssaps, « il n’est pas possible de faire des recommandations sur l’utilisation du baclofène chez l’alcoolo-dépendant dans la mesure où les données ne permettent pas de confirmer ou d’infirmer son efficacité, de définir une dose efficace, bien tolérée et une durée de traitement »
La seule façon de sortir de la situation actuelle est de mettre en place très rapidement :
Des essais cliniques de qualité scientifique incontestable, s’appuyant sur les recommandations européennes en matière d’essais thérapeutiques dans le domaine des addictions (Guideline on the development of medicinal products for the treatment of alcohol dependence (Europe), qui permettront de préciser l’efficacité du baclofène dans la prévention de la rechute alcoolique, sa tolérance, l’intervalle de posologie ayant le meilleur rapport bénéfice / risque ,les éventuels profils de patients répondeurs.
Parallèlement, un corpus de connaissances pragmatiques issues de la pratique des prescripteurs actuels pourrait être constitué pour en préciser l’utilisation dans « la vraie vie ».
Soulignons qu’un des problèmes spécifiques à l’utilisation de hautes doses de baclofène est la difficulté de maintenir le double aveugle du fait des effets sédatifs de ce médicament. De plus, sa sécurité d’emploi devient incertaine dans la vie courante et dans une grande population : pharmacovigilance = sédation/incoordination/coma (11%), troubles hépatobiliaires (10%), délires/confusion (9%), convulsions (7%).
A la date d’écriture de ce rapport, il n’est pas possible de valider formellement l’utilisation en routine du baclofène chez les patients alcoolo-dépendants. Les nombreuses incertitudes qui demeurent sur son utilisation pratique en font pour l’instant un traitement de 2ème, voire de 3ème ligne, lorsque les traitements actuellement validés n’ont pas donné les résultats escomptés. Du fait de l’existence de nombreuses prescriptions anticipant les résultats des études contrôlées, il convient d’insister sur les quelques principes généraux de surveillance des traitements.
Rappelons enfin que la prescription d’un traitement médicamenteux, tout spécialement dans les conduites addictives, doit toujours s’inscrire dans une prise en charge globale et qu’un traitement médicamenteux ne peut être la seule intervention addictologique.
L’hippocampe est une structure cérébrale qui joue un rôle majeur dans le stockage des informations. Il est le siège de modifications à long terme de l’efficacité de transmission entre les neurones constituant les réseaux. Il joue aussi un rôle dans l’addiction, et la stimulation électrique d’une région hippocampique (subiculum ventral) provoque une rechute chez des rats cocaïno-dépendants en sevrage. Les données récentes de la littérature indiquent que les processus d’apprentissage et de mémorisation sont sous-tendus à la fois par des phénomènes de plasticité synaptique et morphologique, et par la génération de nouveaux neurones. Ces nouveaux neurones produits à partir de cellules souches pourraient jouer un rôle important dans de nombreuses perturbations ou pathologies. Ainsi, la neurogenèse hippocampique est réduite après un stress chronique, dans l’anxiété, la dépression et aussi dans l’addiction. On sait déjà que les jeunes consommateurs d’alcool présentent un volume hippocampique réduit (10 %) et qu’ils présentent aussi un déficit d’activation de cette structure cérébrale lors de l’exécution de différentes tâches cognitives.
Dans la présente étude, les auteurs se sont intéressés aux effets à long terme des intoxications alcooliques répétées et chroniques sur la neurogenèse hippocampique chez sept macaques adolescents (pesant 7,7 kg au début de l’expérience). Les singes adolescents ont eu accès pendant 11 mois à une solution de Tang alcoolisée (concentration d’alcool augmentée progressivement de 1 % à 6 %) et ont consommé en moyenne 1,74 g d’alcool pur par kg de poids corporel (l’équivalent de 1,6 verres ou unités, 16 g d’alcool) pendant des sessions d’une heure, atteignant ainsi des alcoolémies de 1 à 3 g/l. L’exposition à l’alcool a été réalisée durant cinq jours par semaine. Les études ont ensuite été réalisées deux mois après la fin de l’exposition à l’alcool.
Les résultats montrent que l’alcoolisation chronique et intermittente à l’adolescence diminue de manière drastique et persistante la prolifération et la neurogenèse hippocampique. Cette alcoolisation a augmenté la dégénérescence neuronale, indiquant ainsi une diminution du turnover de cellules neuronales qui n’est pas dû à des phénomènes apoptotiques. Plus précisément, les résultats indiquent que l’alcoolisation a diminué significativement le nombre d’un certain type de cellules pro-génitrices se divisant activement dans la zone sous-granulaire du gyrus denté de l’hippocampe, à savoir : les types 1 (de type glie radiaire), 2a (pré-neuronal) et 2b (intermédiaire), sans affecter le type 3 (neuronal précoce). La neurogenèse correspond ici à l’évolution de cellules de type glie radiaire en cellules pro-génitrices qui prolifèrent et passent du type 2a, 2b puis 3 pour donner ensuite des neurones immatures. L’alcoolisation perturbe donc les premières étapes en interférant avec la division et la migration des cellules pro-génitrices pré-neuronales avec un effet prépondérant sur la différenciation et le nombre de neurones immatures. Lorsque le nombre total de cellules granulaires hippocampiques est comptabilisé, les auteurs rapportent que l’alcoolisation n’a pas modifié ce nombre et suggèrent que cette absence d’effet serait due à plusieurs facteurs, comme le délai du sacrifice après la dernière consommation d’alcool, la modalité de consommation d’alcool, le genre et l’âge des animaux. Ils suggèrent également que cette atteinte de la neurogenèse pourrait participer à la perte neuronale à l’âge adulte.
Au total, l’exposition chronique et intermittente à l’alcool pendant l’adolescence diminue la neurogenèse hippocampique en affectant des types distincts de cellules pro-génitrices se divisant activement pendant leurs premières phases du développement neuronal. Cette atteinte durable de la neurogenèse hippocampique durant l’adolescence pourrait expliquer certains effets comportementaux. La consommation excessive d’alcool induit en effet des déficits cognitifs concernant des tâches qui dépendent au moins en partie des réseaux neuronaux hippocampiques, incluant notamment l’impulsivité, des déficits d’apprentissage spatial, la mémoire à court terme et les fonctions exécutives. Les auteurs concluent que cette atteinte de la neurogenèse hippocampique durant la période critique de l’adolescence pourrait participer aux facteurs de vulnérabilité à développer une alcoolo-dépendance.
Les résultats de la présente étude confirment que l’exposition chronique et intermittente à l’alcool a un impact important sur l’apparition de nouveaux neurones dans l’hippocampe des macaques adolescents. Cependant, de nombreuses questions demeurent. Les mêmes effets seraient-ils observés chez des singes adulltes ? Quel type d’exposition à l’alcool serait le plus réaliste lorsque l’on cherche à mimer le binge drinking chez les jeunes ? Cette dernière question est essentielle car on voit bien ici que les animaux ont consommé, certes volontairement, de l’alcool tous les jours de la semaine (sauf le week-end) et cela s’apparente donc plus à une alcoolisation quotidienne et chronique qu’à du binge drinking. Il reste à engager une vraie réflexion sur ce qu’est le binge drinking pour développer rapidement des modèles animaux pertinents.
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